Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), Lefèbvre, Claude, (1632-1675)

Au musée Carnavalet, l’exposition Madame de Sévigné, les lettres parisiennes redonnent toute sa modernité à la grande épistolière du XVIIe siècle. À travers des œuvres souvent inédites, des manuscrits, des lettres, des portraits et des objets venus de collections publiques et privées, le parcours montre combien Sévigné fut une observatrice aiguë de son temps, presque une chroniqueuse avant l’heure.

Exposition Madame de Sévigné, lettres parisiennes, musée Carnavalet, Paris

Née dans le Marais et profondément attachée à Paris, Madame de Sévigné transforme la lettre en espace d’information, de style et de liberté, entre vie de cour, salons littéraires et rumeurs politiques. Cette figure incontournable du Grand Siècle a longtemps vécu dans le Marais, alors l’un des quartiers les plus raffinés de la capitale.

Elle y fréquente les grands salons littéraires et les cercles les plus brillants de la noblesse française. Si la cour de Louis XIV rayonne depuis Versailles, Madame de Sévigné reste profondément attachée à la vie intellectuelle parisienne, dont elle est l’une des figures les plus admirées, refusant de quitter durablement le Marais pour les fastes de la cour.

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), Lefèbvre, Claude, (1632-1675)

L’exposition souligne également le rôle des femmes dans la circulation des idées, longtemps sous-estimé par l’historiographie. Veuve jeune, indépendante, brillante, Madame de Sévigné, sorte de bloggeuse de son temps mais éminemment instruite, incarne une intelligence du monde faite de curiosité, de distance et d’élégance.

L’exposition met aussi en lumière la relation intense, tantôt tendre, tantôt exigeante, que Mme de Sévigné entretient avec sa fille, la comtesse de Grignan, qu’elle voudrait aussi indépendante qu’elle. Ses lettres, écrites pour conjurer la distance, deviennent un lien vivant entre Paris et la Provence, un dialogue nourri de confiance, de conseils et d’émotion. Elles disent autant l’amour maternel que le désir de partager les nouvelles du monde avec une lectrice privilégiée. Cette lectrice qui elle-même diffusera après en avoir recopié tout ou partie cette lettre à son tour.

Françoise Marguerite de Sévigné, peinture à l’huile attribuée à Pierre Mignard (vers 1669), musée Carnavalet, Paris
Le parcours révèle aussi la diversité de ses destinataires : proches, amis, figures de cour, lecteurs d’hier et d’aujourd’hui. Parmi les pièces inédites, des films : elle apparaît dans Les 400 Coups de François Truffaut, et deux autres. Sur des boites de la maison du Chocolat, un marchand de vin, Louis Vuitton (avec un sac à son nom), le fabricant de porcelaine Atwood & Sawyer (broche), une manufacture de pendules, ainsi que la manufacture de Sèvres (tasse à l’effigie de Mme de Sévigné) ont créé des objets ou produits à son nom ou à son effigie et enfin le bureau attribué, à tord à Sévigné attire particulièrement l’attention. Ce meuble, intime et presque familier, rappelle l’espace de travail d’une femme qui a fait de l’écriture un art du quotidien, entre plume, papier et regard sur le monde.

Musée Carnavalet
Madame de Sévigné, lettres parisiennes
23, rue de Sévigné, 75003 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé le lundi.
Tél : 01 44 59 58 58

Texte : Katia Barillot

01.06.26

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