Qui a dit  “La beauté sans grâce est un hameçon sans appâts” ou “Si Dieu m’avait fait l’honneur de me consulter, je lui aurais conseillé de placer les rides des femmes sous le talon” ? 

C’est Ninon de Lenclos épistolière et femme de lettres française auteure des Lettres de Ninon de Lenclos au marquis de Sévigné.

Reine des salons parisiens, cette courtisane était célèbre pour son esprit indépendant et sa grande générosité. Elle rayonna dans Le Marais avec ses fameux “cinq à neuf” où tous les jours accourait l’élite intellectuelle parisienne.

C’est son père Henri de Lenclos, gentilhomme tourangeau libertin et cultivé qui lui donna, contre l’avis de sa mère, une éducation complète, bien loin de celle que l’on dispensait aux filles de l’époque. A l’âge de douze ans, Ninon perdit ce fidèle soutien. Compromis dans une affaire d’adultère suivie d’un duel où son adversaire trouva la mort, son père dut prendre la fuite. Les duels étant proscrits, le roi saisit ses biens. 

Dès lors Ninon accompagna sa mère dans les salons du Marais, où elle fit rapidement sensation. Véritable enfant prodige elle citait les grands auteurs et maîtrisait autant la pensée de Montaigne qu’elle excellait dans la pratique du luth ou du clavecin et parlait italien et espagnol. La littérature, la danse, les arts et les sciences n’avaient pas de secrets pour elle. 

Son teint blanc, ses yeux noirs et profonds, sa gestuelle, sa volupté étaient vantés mais c’est son esprit qui était le plus célébré.

A seize ans sa mère bien que bigote l’orienta vers « la galanterie » et la laissa libre de vivre dans Le Marais, vers la Place royale, actuelle Place des Vosges.

Plus tard, elle s’installa dans l’hôtel de Sagonne situé au 36, rue des Tournelles, où elle vécut pendant quarante-huit ans. Dans ce modeste hôtel particulier du Marais, qui existe encore aujourd’hui, cet esprit indépendant devint la coqueluche du Marais et de Paris en tenant le salon littéraire le plus branché de son époque où de cinq heures jusqu’à neuf mais parfois dix heures du soir, se pressaient quelques-uns des plus fins esprits de son temps : Madame de Sévigné, Madame de Maintenon, Molière, François de la Rochefoucault, Corneille, Saint-Simon, Jean-Baptiste Lully, Charles Perrault, Jean Racine, Jean de la Fontaine, Paul Scarron, Nicolas Boileau, etc.

C’est aussi dans ce salon que l’on fit la première lecture de Tartuffe. Athée assumée, Ninon de Lenclos y apporta, à la demande de Molière, des corrections. C’est aussi en ce lieu que le jeune Voltaire fit ses premiers pas dans le grand monde. La maitresse de maison lui offrit l’équivalent de 8 000€ afin qu’il achète des livres.
Même le roi Louis XIV lui prêtait une oreille attentive. 
 
Lors de son premier voyage à Paris en 1656, la reine Christine de Suède accorda sa seule rencontre en privé à Ninon de Lenclos, dont elle avait la plus haute opinion.
 

En plus d’être une « influenceuse » Ninon de Lenclos symbolisa la liberté des moeurs en cours aux XVII et XVIIIème siècles. Réputée être une amie aussi fidèle et dévouée qu’une maîtresse inconstante et légère, elle eut de nombreux amants parmi lesquels le grand Condé (général, cousin germain de Louis XIV et pair de France), le militaire et diplomate maréchal d’Estrées, l’astronome Christian Huygens, le diplomate et littérateur abbé de Chateauneuf, Nicolas Gédoyn, chanoine de la Sainte-Chapelle et membre de l’académie française… 

Elle est morte en 1705 dans cette même demeure. 

Texte : Katia Barillot

 

28.01.19

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