A partir de la place de la République, empruntez le boulevard du Temple, prenez la première à droite et voici déjà la rue Charlot, une porte d’entrée dans le Marais parmi d’autres. Rue Charlot : le nom pourrait prêter à sourire mais ce Charlot-là était le sérieux fait homme.

Claude Charlot, lotisseur du quartier au XVIIe siècle, eut l’honneur de voir son nom attribué à cette longue artère, anciennement constituée par les rues d’Orléans-au-Marais, de Berri, d’Angoumois et Bosc.

Une œuvre du Street Artist Cœur Anarchiste, des banderoles de la CGT, cette balade sera-t-elle placée sous le signe de l’anarcho-syndicalisme ?

C’est qu’au n°85 se trouve la discrète entrée de l’annexe de la Bourse du Travail qui porte le nom d’Eugène Varlin, militant socialiste et libertaire, membre de la Commune de Paris et de la Première Internationale, victime des massacres de la semaine sanglante du 28 mai 1871.

Cet établissement, gracieusement entretenu et mis à disposition des organisations syndicales représentatives par la Ville de Paris constitue, pour les travailleurs, un foyer où ils peuvent trouver des informations professionnelles et des lieux de réunions syndicales.

Continuons. Très vite, nous croisons ce monsieur qui roule en sens interdit. Il a adopté le code couleur de la barrière de chantier qu’il longe – vélo vert pomme, blouson gris – pour tenter, avec un certain succès, de se fondre dans le décor. Ce qui ne nous a pas empêchés de le repérer.

Nous voici place Olympe-de-Gouges, ainsi baptisée en 2007 en hommage à cette magnifique héroïne de la Révolution, auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui laissa de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Elle fut guillotinée le 3 novembre 1793.

Cette place est le point de rencontre des rues Béranger, de Turenne et de Franche-Comté.

Faisons le tour de la place pour continuer l’exploration de la rue Charlot. A l’angle de celle-ci et de la rue de Turenne se trouve la fontaine Boucherat, du nom du chancelier de France qui supervisa, à partir de 1685 l’application de la révocation de l’Edit de Nantes, lequel depuis 1598 reconnaissait aux Protestants la liberté de pratiquer leur religion.

En fonction des clics, Google Street View nous laisse le choix entre la version août 2017 ou mai 2019, cette dernière ayant l’avantage de dévoiler l’inscription en latin remerciant le roi Louis XIV pour la paix qu’il vient de signer à Ryswyck aux Pays-Bas en 1697, qui signifie en bon français : « De même que l’heureuse paix conclue par le Roi Louis répandra l’abondance dans la ville de Paris, cette fontaine lui donnera ses eaux ».

Soudain, au 70, une autre œuvre de Cœur Anarchiste attire notre regard. La suite du périple sera pourtant placée sous le signe de l’aristocratie avec ses somptueux hôtels particuliers en enfilade.

On ne saura jamais si le nom de cette boutique est une « surpromesse », comme on dit dans la pub, la camionnette garée devant sa vitrine nous empêchant d’en évaluer le contenu.

Au 58, l’hôtel de Sauroy abrite un espace photographique qui ouvre ses portes aux grands événements photographiques parisiens (Paris Photo, Prix Virginia, 60e anniversaire de Gens d’images, etc.) et qui organise également des expositions personnelles. Presque en face, rivalisant d’élégance, au 57, on découvre l’hôtel de Boulainvilliers.

Tout de suite, nous croisons la rue de Bretagne, que nous explorerons lors d’une future visite.

Nous traversons et roule, ma poule.

Au 42, cette charcuterie fait preuve de créativité.

Au 33 bis se trouve un accès discret au célèbre marché des Enfants Rouges. L’entrée des artistes de l’alimentation ?

Au 28 se trouve parait-il une belle propriété qui appartint à la marquise de Polignac mais Google Street View, qui aime visiblement maltraiter les usagers des deux roues, en a étalé un, façon chewing-gum devant le portail, empêchant d’y jeter un œil.

Puis se succèdent les hôtels de Sanois au 26, de Pérignon au 24, de Brossier au 12. Ce dernier abrita la huitième et ultime saison de la Star Academy qui fut remportée le 19 décembre 2008 par Mickels Réa. Ce soir-là, les salons de ce lieu que l’on imagine cossus et décorés avec goût durent résonner des éclats d’une fête mémorable, sans lendemain hélas car l’artiste ne réussira jamais à lancer véritablement sa carrière. Il confia, en 2015, avoir abandonné la musique pour devenir Ingénieur du son et producteur.

L’hôtel de Retz, au 9, abrite un espace d’expositions temporaires de 750 mètres carrés appelé Passage de Retz, conçu par Sylvain Dubuisson et ouvert en 1994 ainsi qu’un Petit Café et une Boutique, signés par l’architecte Christian Biecher.

Suivent les hôtels de Belleyme au 8 et Cornuel, au 7.

Au croisement avec la rue du Perche voici l’église de l’éparchie Sainte-Croix-de-Paris des Arméniens, désormais appelée cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix-de-Paris. Il s’agit de l’ancienne chapelle du couvent des Capucins-du-Marais, construite au XVIIe siècle sur un ancien jeu de paume.

Si vous vous êtes assis par mégarde sur votre clarinette et qu’elle s’en est trouvée un peu coudée, vous pouvez l’emmener au n°6, aux Ateliers de Lutherie Vent Bois où, depuis 1988, Guy Collin répare aussi – et vend – flûtes en bois et en métal, saxophones, hautbois et bassons.

A côté, deux paisibles quidams, dont l’un semble pratiquer le « manspreading » à cause d’une nouvelle déformation d’image, sont assis tels les gardiens de la dernière salle d’un musée avant sa sortie. Au-dessus d’eux, sur un panneau de porte, un graffiti donne à cette fin de balade une touche sentimentale, comme souvent dans les histoires de « l’autre Charlot », l’inoubliable Charlie Chaplin.

Texte : Djiefssi

12.05.20

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