C’est une statue ravissante, discrète et originale. Elle représente Turenne, mais Turenne enfant, la chevelure ondulante, une épée à la main et le soulier foulant un fut de canon. Au croisement des rues Debelleyme, de Normandie et de Turenne, ce bronze émeut par sa petite taille, qui rend son sujet plus vrai que nature, et par son emplacement.

A la différence des statues parisiennes, souvent placées en évidence dans des lieux fréquentés, cette statue se trouve en effet à un peu à l’écart, sur un simple trottoir d’un axe secondaire, près d’un banc, sous un arbre. En résulte un sentiment d’humanité et d’intimité avec ce personnage que l’on croise au quotidien sur le chemin de la boulangerie ou du métro.

Malgré son piédestal, ce Turenne enfant, nous parle à hauteur d’homme. Il nous tutoie et l’on s’est habitué à lui comme à un gamin du quartier. L’œuvre est signée Lucien Benoit Hercule (1846-1913), un artiste originaire de Toulon qui a travaillé pour l’Hôtel de Ville de Paris, ce qui l’a amené à réaliser cette statue.

Quant à Turenne, il est comme chacun sait (ou pas) un héros français. Né en 1611 à Sedan, Henri de La Tour d’Auvergne est passé à la postérité sous le nom de vicomte de Turenne. Ce militaire fut l’un des meilleurs généraux de Louis XIII, puis de Louis XIV. Figure populaire, stratège de talent, promu Maréchal de France en 1643 et maréchal général des camps et armées du roi en 1660, c’est une gloire militaire par excellence du Grand Siècle. En Allemagne, en Hollande, en Alsace, dans les Vosges, sur les Rhin, dans les Flandres, ses faits d’armes et victoires sont innombrables. C’est lui qui conquiert le Roussillon, ensuite annexé par Richelieu lors du traité des Pyrénées en 1659, agrandissant ainsi la France.

En 1652, Turenne remporte, tout près de l’emplacement de la statue, la fameuse Bataille du faubourg Saint-Antoine, devant la porte Saint-Antoine, à l’emplacement de l’actuelle place de la Bastille. Il vainc le prince de Condé qui menace alors le royaume dont le jeune roi Louis XIV n’a que quinze ans. Turenne est aussi un vrai « maraisien ». Il a longtemps habité dans un hôtel particulier, aujourd’hui disparu, de la rue de Turenne, entre les numéros 66 et 70.

Texte : Axel G.
Photos : ©Anaïs Costet

18.02.19

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