Tout le monde connait, au moins de nom, les Bains-douches, la fameuse discothèque de la rue du Bourg-l’Abbé (entre Beaubourg et le boulevard Sébastopol). Mais qui connait l’histoire des vrais bains-douches ?

Tout commence en 1885 lorsque la famille Guerbois fait bâtir un bel immeuble, au numéro 7 de la rue, doté d’un porche remarquable encadré de deux nymphes torchères. Les Guerbois ne sont pas n’importe qui. Cette famille possède en effet le café le plus branché de l’époque, le Café Guerbois, au 9, avenue de Clichy. C’est, entre autres, le quartier général de Zola et de ses amis impressionnistes : Manet, Renoir, Monet, Degas, Pissarro, Sisley, Cézanne. Fortune faite, les bistrotiers ouvrent les Bains-Guerbois, véritable spa haut de gamme, doté de bains japonais (eau sulfureuse), turcs (vapeur) et russes (sorte de sauna), mais aussi d’un salon de massage, d’un barbier, d’un salon de coiffure et d’un restaurant.

La renommée des Bains Guerbois est immense. Marcel Proust est un habitué. L’endroit est prisé de la communauté gay de l’époque. Les « forts des halles », ou manutentionnaires, viennent également se doucher ici, puis avaler un café calva après leur labeur. La destruction des halles Baltard et la généralisation des salles de bains dans les appartements parisiens « tuent » le business des bains-douches au début des années 1970.

Façade des Bains – ©Les Bains Paris

En 1978, première renaissance : le nouveau propriétaire Maurice Marois, un professeur de médecine, se laisse convaincre de transformer les lieux en discothèque. Bingo ! Avec le Palace, Les Bains Douches deviennent la boite de nuit la plus courue de Paris. C’est la version française du Studio 54, le club new-yorkais né quelques mois plus tôt. Dirigée tour à tour par les duos Jacques Renault et Fabrice Coat, puis Hubert Boukobza et Claude Challe et enfin Cathy et David Guetta, on y croise Jean-Paul Gaultier, Karl Lagerfeld, Loulou de Falaise, les Rita Mitsouko, Mick Jagger, Grace Jones, Robert de Niro, Naomi Campbell, Carla Bruni, Kate Moss, Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol. La déco est signée Philippe Starck.

Boy George et Jean-Paul Gaultier – ©Foc Kan

Karl Lagerfeld au club des Bains – ©Foc Kan

L’âge d’or des « Bains » s’achève vers le tournant du siècle mais la boite de nuit ne ferme définitivement qu’en 2010. En 2015, les Bains Douches, entièrement rénovés, sont ressuscités à nouveau, cette fois sous la forme d’un boutique-hôtel cinq étoiles, grâce à Jean-Pierre Marois, le fils du professeur de médecine. Renaissent alors également le restaurant, le club, le bar. Doté de 39 chambres ou suites, l’établissement possède un charme indéniable avec sa déco façon Château Marmont (à Los Angeles) et son restaurant au ciel en laque rouge.

Le ROXO bar – ©Anaïs Costet

De surcroit, les Bains accueillent maintenant des résidences d’artistes, des expositions, etc. Le tout en collab’ avec des galeries prestigieuses : Gagossian, Templon, Jérôme Pauchant. Le prochain événement, « Les Simonnet s’installent aux Bains » sera consacré au très inventif couple Jean-Marie et Marthe Simonnet, spécialisé dans les œuvres en plastique armé. Le commissariat de l’exposition a été confié au maraisien Gilbert Kann. A partir du 2 avril 2019.

Texte : Katia Barillot
Photo de une : ©Fok Kan

13.03.19

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