Tout le monde connaît la place des Vosges, ses galeries, son square. Mais qui connaît – toujours dans le Marais – la place de France ? Voulue elle aussi par Henri IV, demeurée inachevée après la mort de ce dernier, elle a pourtant laissé son empreinte dans notre quartier ; sans toujours le savoir, nous en arpentons même régulièrement les contours.

C’est en 1608 que naît le projet d’aménager une nouvelle place, la troisième de ce type après la place Dauphine et la place Royale (notre actuelle place des Vosges). Il s’agit alors de « dynamiser », au nord-est de la capitale, un vaste espace coincé entre le mur d’enceinte parisien et l’enclos du Temple, une zone jusqu’ici consacrée pour l’essentiel aux cultures maraîchères. Pour ce faire, l’Etat décide de créer, outre la place elle-même, de nouvelles rues, de nouveaux bâtiments et d’y mélanger, selon un mode opératoire qui a fait ses preuves à la place des Vosges, administrations royales, habitations, galeries à arcades et commerces.

Sollicité, le Temple cède la parcelle. Comme toujours dans ce type d’opération d’urbanisme, la couronne conçoit, ordonne, décide, mais ce sont des financiers privés qui se chargent des travaux pour en tirer des revenus, par la revente des hôtels particuliers, ou des boutiques de substantiels bénéfices. Sous l’impulsion de Sully, le projet prévoit de créer une porte monumentale nouvelle, ouverte dans l’enceinte médiévale et sept pavillons identiques autour d’une place semi-circulaire. Il est aussi prévu, pour accéder à la place, de tracer huit rues disposées en étoile.
Prenant appui dans son axe nord-sud sur le rempart existant ainsi que sur la rue de Turenne, la place, d’un diamètre de 153m, est dite « de France » et met à l’honneur les différentes provinces du Royaume.

Projet de la « place de France » en 1610, par Claude Chastillon

Les nouvelles artères tracées et pour certaines percées, portent ainsi les noms de Poitou, Bretagne, Bourgogne, Picardie, Dauphiné, Provence, Languedoc et Guyenne. En arrière de la place, des rues en arc de cercle sont également dessinées pour faciliter la circulation (la rue Debelleyme l’évoque aujourd’hui parfaitement).

La mort d’Henri IV interrompt malheureusement le chantier. Aucun des bâtiments prévus ne sort de terre et la porte « de France » n’est pas non plus ouverte dans le rempart. Toutefois, l’impulsion est donnée à ce coin du Marais jusque-là délaissé. Maraîchers, propriétaires, couvents cèdent à leur tour les parcelles dont ils sont propriétaires. A la place, d’autres rues, d’autres hôtels, d’autres boutiques, tout un quartier neuf voient le jour. Les « investisseurs » s’en donnent (déjà à l’époque !) à cœur joie. Parmi ceux-ci, retenons au moins le nom de Claude Charlot : la rue qui porte son nom coupe justement la très attractive rue de Bretagne, l’une des huit artères qui auraient pu conduire à notre place fantôme…

 

Texte : Michel Setan – Instagram
Image de une : Extrait du plan Quesnel – 1609

16.09.19

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