Ariel Weil et François Hollande

Économiste de formation et maire sortant de Paris-Centre depuis 2020, Ariel Weil brigue un nouveau mandat à la tête du secteur qui regroupe les quatre premiers arrondissements de la capitale. Né en 1973, ce socialiste, passé par le 4ᵉ dont il a été le dernier maire avant la fusion des 4 premiers arrondissements de la capitale, revendique une vision très data-driven de l’action publique : circulation, démographie, logement, tout se mesure et s’évalue.

Proche de la majorité municipale, il s’est notamment illustré par son engagement en faveur du rééquilibrage de l’espace public – développement du vélo, réduction de la place de la voiture, rues aux écoles – et par un discours volontariste sur le maintien des familles au centre de Paris, à rebours de l’idée d’un exode généralisé. À la veille des municipales de 2026, il se présente comme le garant d’un Paris-Centre à la fois plus apaisé, plus écologique et toujours mixte socialement, mettant sur le logement, les services publics de proximité et une attention particulière portée aux enfants et à leur cadre de vie.

Ariel Weil est un enfant du Marais, où il vit et élève ses enfants. Nous l’avons rencontré au Marché des Enfants Rouges.

1. Baisse de la population à Paris-Centre

Le Marais Mood : Vous alarmez-vous de la baisse de la population à Paris-Centre, avec des milliers d’habitants perdus chaque année, notamment des familles de classes moyennes et modestes entre 2012 et 2026 ? Quels leviers utiliserez-vous pour les maintenir ou les faire revenir (écoles, services, logement, vie de quartier) ?

Ariel Weil : Figurez-vous que j’ai écrit une tribune l’année dernière dans Libération L’IP. Je suis économiste et statisticien, diplômé en statistiques. J’adore les données (faits et chiffres), je trouve que bien souvent on n’en a pas assez. À la mairie de Paris-Centre, nous passons notre temps à évaluer avec de vraies données pour les bus, le commerce, la démographie. Nous ne sommes pas du tout dans un effondrement de la population, c’est même le contraire.
 
La population du centre de Paris (les quatre premiers arrondissements) s’est effondrée deux fois au XXᵉ siècle : de 400 000 à 200 000 habitants en un demi-siècle, puis de 200 000 à 100 000 entre les années 70 et 80. Aujourd’hui, on est sur un plateau d’environ 100 000 habitants depuis 50 ans, c’est stable. Avec 300 à 400 000 visiteurs par jour (Notre-Dame, Louvre). On a tenu grâce à l’effort massif sur le logement social, près de 500 logements sociaux créés en six ans, en maintenant la mixité sociale et la proportion de familles stables. Dès le départ, on a créé de grands logements familiaux (2-3 chambres), pas seulement des logements pour étudiants ou célibataires.

2. Prix de l’immobilier et loyers

Le Marais Mood : Les prix de l’immobilier et des loyers chassent les classes moyennes de Paris-Centre. Quelles sont les marges de manœuvre du maire de Paris-Centre ? Quelles mesures précises allez-vous mettre en place face à ce changement de population (préemption, encadrement, logements familiaux, dialogue avec la Ville) ?

Ariel Weil : Là aussi, il faut rétablir un peu de vérité sur les chiffres. Dans le Marais, les prix à l’achat ont fortement augmenté entre la fin des années 1990 et les années 2000. Les prix au m² ont presque triplé à ce moment-là, passant de 2 000-3 000 €/m² à plus de 6 000-8 000 €/m² avant d’atteindre un pic au-delà de 12 000 €/m² en 2021. On observe plutôt aujourd’hui une légère baisse des prix à l’achat, même si cela reste marginal. Cette hausse des prix des années 2000 s’explique en partie par l’explosion de la vacance des logements, qui sont utilisés comme des investissements par certains acheteurs, notamment étrangers. Cette pression exercée par les logements vacants fragilise la mixité sociale et menace la présence des familles et des classes moyennes.

Pour faire face à cette tendance, nous mobilisons toutes les possibilités de préemption pour créer de nouveaux logements abordables pour les familles. Nous avons également renforcé l’encadrement des loyers et menons une lutte active contre les baux illégaux, utilisés pour contourner les protections des locataires.. Parallèlement, nous appliquons strictement l’interdiction des nouveaux meublés touristiques prévue dans le PLU bioclimatique. Nous travaillons aussi à la révision de la réglementation du Marais (le PSMV) pour le rendre encore plus protecteur et empêcher la transformation de logements et de commerces en hébergements touristiques.

3. Impact d’Airbnb

Le Marais Mood : Airbnb est-il un « commerce toxique » dans un quartier aussi touristique que le Marais ou permet-il de mettre du beurre dans les épinards ? Quelles sont les mesures auxquelles vous avez songé (contrôles, quotas, sanctions) ?

Ariel Weil : Il y a deux types de meublés type Airbnb : ceux qui achètent un appartement pour le louer en courts séjours en continu, et ceux qui y habitent et le louent de temps en temps. Ça a été très dur de prendre des décisions à ce sujet, car il y a une vraie rivalité pour les mètres carrés précieux de logements dans nos arrondissements. Grâce aux avancées législatives, nous avons désormais la main sur les meublés touristiques : nous pouvons refuser les transformations d’appartements en résidences commerciales. Nous avons fermé le robinet grâce à une action intense auprès du législateur. Il reste cependant un stock de logements meublés type Airbnb qui va s’épuiser. Depuis peu, la possibilité de louer son appartement pendant 120 jours, on est passé à 90 jours grâce à un texte voté au Conseil de Paris. C’est beaucoup, cela fait trois mois de vacances et, oui, cela permet à ceux qui en ont besoin de mettre du beurre dans les épinards. L’intention collaborative initiale (louer son appart) n’est pas problématique à ce rythme-là.

4. Pop-up stores

Le Marais Mood : Qu’en est-il des pop-up stores ? Sont-ils les « Airbnb du commerce », qui fragilisent les boutiques de proximité ? Comment les réguler pour préserver les commerces durables ?

Ariel Weil : J’aime ce sujet complexe, et il me semble important de ne pas le réduire à « c’est dégueulasse ». Dans le Marais, il ya de nombreux showrooms historiques, car historiquement, dans ce quartier, il ya la mode, l’économie du textile, les galeries qui louent leur lieu pendant la Fashion Week. Le Marais vit de la couture, du prêt-à-porter, et jusqu’à présent ces Fashion Weeks étaient favorables aux galeries (il y en a 100 à 160).

Les pop-ups sont parfois utiles : ils présentent un vrai avantage pour les entrepreneurs-créateurs. Mais l’usage méprisant des influenceurs qui occupent 1 000 m² d’espace public pour 10 m² réellement loués) nuit aux habitants et aux commerçants. Mon programme : un forfait post-événement (comme le forfait post-stationnement), une amende, qui va permettre de remettre de l’ordre dans ces occupations « sauvages » de l’espace public. L’espace public est inaliénable. Nous sommes d’accord pour une autorisation gratuite lorsqu’il est question d’un événement d’intérêt général (Nouvel An chinois, brocantes rue de Bretagne – qui, par ailleurs, financent les animations de Noël, kermesses, etc.). Sinon, il y aura une redevance temporaire. Pour ceux qui n’auront pas d’autorisation ? Ils devront verser un forfait post-événement plus cher, une amende donc.

5. Cantines scolaires

Le Marais Mood : Le chef cuisinier Michel Sarran a raconté sur les réseaux sociaux l’indigence des cantines, avec une photo du plateau de sa petite-fille. Quel est votre diagnostic et quelles sont vos mesures sur les cantines de Paris-Centre (bio, circuits courts, contrôle des menus) ?

Ariel Weil : Mon plan, qui va beaucoup apporter aux petits habitants du Centre, est en cours (il reste un an de travaux). J’ai lancé un grand projet : une cuisine collective dans les locaux de l’ancienne école Paul Dubois. En 2027, on y cuisinera des repas faits maison pour les cantines des 1ᵉʳ, 2ᵉ, 3ᵉ et 4ᵉ arrondissements. Même si le 4ᵉ, dont j’étais le maire, bénéficie déjà d’une cantine plus en adéquation avec le bien-manger. Comme c’est le cas dans le 4ᵉ, les produits seront à 85-90% bio, achetés en direct aux agriculteurs : viande, poisson, alternatives végétales. Et nous ferons livrer ces plats chauds en triporteurs électriques. Il y aura aussi un potager. Nous allons organiser, d’ici l’ouverture, des ateliers parents/enfants pour visiter.

6. Accusations de maltraitance dans les écoles

Le Marais Mood : Il y a eu, au cours de ces dernières années, des accusations de maltraitances et d’agressions sexuelles dans le périscolaire des écoles du quartier (Paul-Dubois, La Perle). Quelles sont vos réformes pour la sélection, la formation, le contrôle des personnes en contacte avec les enfants ?

Ariel Weil : C’est atroce. J’ai découvert, comme tout le monde, certaines informations ; je fais partie des chanceux dont les enfants n’ont pas eu à subir cela. Pour moi, c’est un sujet très important. Dès 2020, avec mon adjointe Karine Barbagli*, j’ai rencontré des parents de victimes. Nous avons mis en place des formations élèves/enseignants/animateurs pour détecter les signes de maltraitance, ainsi que des mesures contre le harcèlement et les violences (« Fri For Mobberi » dispositif danois de lutte contre le harcèlement scolaire). Depuis 2020, tous les agents du périscolaire sont recrutés après vérification des 3 fichiers dont le casier judiciaire et le FIJAISV par la CASPE Paris Centre.

Ces vérifications sont renouvelées plusieurs fois dans l’année. Je suis d’accord avec Emmanuel Grégoire, notre candidat pour Paris, quand il dit qu’on n’est pas allés assez loin. Il nous faut faire des recrutements moins précaires : il faut titulariser les fonctionnaires qui s’occupent de nos enfants. Respecter les procédures (questions, documents), car les règles existent bel et bien. La surveillance doit également s’exercer. Et puis il faut soutenir les directeurs et directrices d’école, car ils ont l’expertise terrain.

7. Circulation à Paris

Le Marais Mood : Certains affirment que la circulation est « infernale » (les soignants, dont SOS Médecins, des commerçants). Partagez-vous cet avis ? Y aura-t-il des changements des sens de circulation pour les ambulances, les livraisons ?

Ariel Weil : C’est faux, et cela mérite un vrai fact-checking. Les données montrent une baisse de la circulation. Nous avons -25 à -30% de pollution à Saint-Merri et les collisions mortelles sont en baisse. Les rues aux écoles piétonnes sont un succès. Le bénéfice est important pour les piétons, les services publics (police, propreté, santé, ambulances, bus). Le temps de trajet des bus a baissé de 25% en heure de pointe sur les lignes 29 et 75 pour lesquelles nous avons créées des voies de bus dédiées (données RATP). Rue de Rivoli, cela a été une erreur de supprimer la voie de bus ; mon projet, c’est qu’il nous faut des voies de bus sur tous les axes structurants.

En ce qui concerne les artisans et les soignants, j’ai l’impression qu’ils sont mal informés (nomenclature des codes). On peut, si l’on est une société artisanale de réparation (par exemple pour des chaudières), bénéficier de dérogations. Par ailleurs, le médecin caducée bénéficie d’un stationnement gratuit ou à prix réduit. Pour finir, nous avons une convention avec SOS Médecins qui peut désormais accueillir les malades le week-end, depuis deux à trois ans, au centre médico-social Yvonne-Pouzin, situé rue Volta.

La philosophie de notre liste est très lisible : faire d’un cœur historique ultra-touristique un quartier où l’on peut encore « vivre et mieux vivre ». Ma candidature s’articule autour de trois axes : simplifier l’action publique au plus près des habitants, préserver le quotidien (écoles, commerces, santé de proximité) et affronter concrètement le dérèglement climatique avec plus de piétonnisation, de rues apaisées et de végétalisation. Dans un secteur saturé de flux, nous défendons aussi l’idée d’investir les « mètres carrés cachés » – sous-sols, interstices urbains – pour y créer des lieux culturels et sportifs, afin que Paris-Centre reste à la fois habité, désirable et accessible.

Texte : Katia Barillot

02.03.26

WHAAAAAAAT ?!

 

Tous vos amis vous parlent de la newsletter du Marais Mood mais vous ne l'avez pas reçue ?

Inscrivez-vous ici pour recevoir tous les mois des nouvelles de votre quartier préféré. ☆

Bienvenue ! Vous êtes inscrits à la newsletter du Marais Mood !