Fondation jésuite, l’église Saint-Louis (aujourd’hui Saint-Paul-Saint-Louis) a été bâtie au XVIIe siècle.

La « Compagnie de Jésus », fondée par saint Ignace de Loyola en 1539, s’installe à Paris au milieu du siècle, du côté de la Montagne-Sainte-Geneviève, puis ici, en 1580.

Au départ, il n’y a guère à cet endroit qu’une « maison-professe » (l’équivalent d’un séminaire pour les membres de la « Compagnie ») et une première chapelle, de dimensions modestes.

Toutefois, l’ordre prenant de l’ampleur, la reconstruction de l’édifice religieux s’impose dès le début du siècle suivant.

Louis XIII offre le terrain, sur l’emplacement de l’ancienne muraille de Philippe-Auguste et pose lui-même la première pierre en 1627.

Sur les plans de Martellange, l’église s’élève peu à peu, copiant, dans son allure, l’église-mère du Gesù à Rome.

Martellange puis Derand, tous deux architectes jésuites, bâtissent en quelques années l’édifice et son imposante façade, tels que nous les admirons encore aujourd’hui.

Église du Gesù à Rome, ©Alessio Damato

Église du Saint-Louis-Saint-Paul à Paris, ©Anaïs Costet

L’inauguration a lieu en 1641 : le jour de l’Ascension, le cardinal de Richelieu y dit la première messe.

Placée sous le patronage de saint Louis, figure tutélaire de la monarchie française, l’église devient aussitôt un lieu très fréquenté : toute l’aristocratie du Marais s’y presse pour écouter les sermons de Bourdaloue ou les pièces musicales jouées aux grandes orgues par Charpentier.

On raconte même que les jours de solennités, il faut faire réserver sa place par ses domestiques dès cinq heures du matin pour être sûr de pouvoir entrer !

La puissance de la « Compagnie de Jésus » s’affirme (rappelons pour mémoire que les rois, d’Henri IV à Louis XV, choisissent leur confesseur chez les Jésuites) ; de fait, la « maison » du Marais s’agrandit (les bâtiments conventuels sont l’actuel lycée Charlemagne) et l’église reçoit, au fil du temps, une décoration somptueuse : sculptures, tableaux, objets d’art, maître-autel – des pièces exceptionnelles dont nous aurons l’occasion de vous entretenir bientôt.

Pour aujourd’hui, nous nous « contenterons » de vous présenter deux œuvres majeures, disparues dans des circonstances rocambolesques : les monuments des cœurs embaumés de Louis XIII et Louis XIV.

Nef de l’église du Saint-Louis-Saint-Paul, ©Anaïs Costet

Respectivement placés à gauche et à droite du chœur, suspendus à la voûte des premières arcades latérales, ces deux monuments sont assez semblables.

Celui de Louis XIII est composé de deux anges en argent et vermeil tenant dans leurs mains une urne en forme de cœur et une couronne. Voulue par Anne d’Autriche, l’œuvre est réalisée par Jacques Sarrazin en 1643.

Pour Louis XIV, c’est Philippe d’Orléans, le « Régent », qui commande au sculpteur Guillaume Ier Coustou la réalisation, en 1730, d’un semblable monument destiné à recueillir le cœur du Roi-Soleil. Là encore, deux anges en argent soutiennent un cœur couronné.

Ces deux pièces magistrales d’orfèvrerie disparaissent hélas sous l’Empire. Fondues, elles servent à réaliser la statue de La Paix par Chaudet, aujourd’hui présentée au musée du Louvre.

La Paix, Antoine-Denis Chaudet, Louvres, ©Paulina Lordméndez

Le sort des cœurs qu’elles renfermaient est en revanche plus complexe et plus effrayant. A l’instar des corps et des cœurs royaux de Saint-Denis ou du Val-de-Grâce, ceux-ci sont extirpés de leur urne sous la Révolution.

L’architecte Petit-Radel qui est chargé de la besogne à Saint-Louis-des-Jésuites est accompagné dans sa mission par deux peintres : Drolling et Saint-Martin.

C’est ce dernier qui, en cachette, et après avoir payé Petit-Radel, s’empare des deux cœurs embaumés à des fins… « artistiques ».

En effet, au XVIIIe siècle, les peintres ont pris l’habitude d’utiliser de la « mummie », une substance originaire d’Orient, obtenue par la macération de fragments organiques momifiés (d’où son nom, dérivé de « momie »), d’herbes, d’alcool etc.

Cette mummie, importée, coûte très cher, si bien que les peintres essaient de la composer eux-mêmes dans leurs ateliers. Il faut dire que la substance, mélangée à l’huile, n’a pas son pareil, dit-on, pour rendre, sur la toile, des bruns profonds extrêmement brillants.

Saint-Martin, en récupérant ces viscères exceptionnels espère donc sans doute obtenir des teintes qui le seront tout autant : dans les mois qui suivent, il en vient donc à trancher le cœur de Louis XIV…

Portrait de François Grenier de Saint-Martin, autoportrait

Mais la Révolution s’achève, l’Empire également, et les Bourbons recouvrent leur couronne avec la Restauration.

Pris de remords semble-t-il, Saint-Martin se rapproche du trône et propose, contre paiement tout de même, de rendre au souverain le cœur à peine « entamé » du Roi-Soleil puis celui de Louis XIII, apparemment intact (les versions divergent sur ce point).

Louis XVIII accepte et, reconnaissant, offre au peintre une tabatière en or pour cette double restitution (les viscères royaux retrouvés prendront plus tard la direction de Saint-Denis).

Pour finir, intéressons-nous un bref instant à Drolling, qui accompagnait Petit-Radel et Saint-Martin à Saint-Louis-des-Jésuites.

S’il n’a semble-t-il, malgré l’amitié qui unissait les deux peintres, jamais utilisé les cœurs de Louis XIII et Louis XIV pour fabriquer sa mummie, il s’est en revanche largement servi au Val-de-Grâce.

Ainsi, si vous voyez un jour l’une de ses toiles dans un musée et que vous vous mettez à admirer les fameux « clairs-obscurs » de ses compositions, songez aussi qu’il y a là-dedans, mêlées à la couleur mais invisibles à l’œil, quelques parcelles des entrailles d’Anne d’Autriche, de Marie-Thérèse, du Régent et de quelques autres encore…

Intérieur d’une cuisine, Martin Drolling, 1815, musée du Louvre, Paris.

Église Saint-Paul-Saint-Louis
99 Rue St. Antoine, 75004 Paris

 

Texte : Michel Setan – Instagram
Photo de une : ©Anaïs Costet

06.01.20

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