Au 18 rue des Commines se trouve Palmiccio la maison de Christine Palmaccio, créatrice parisienne depuis 1997. Formée à la Chambre syndicale de la haute couture et droit Aix-Marseille, elle conçoit 100% made in France : robes, jupes, tops, manteaux, salopettes, pièces uniques en petites séries dans des tissus issus de stocks de maisons couture et des bijoux en laiton doré ou fin.
• Pouvez-vous nous faire un portrait de la personne que vous êtes et du milieu professionnel dans lequel vous évoluez ?
Je m’appelle Christine Palmaccio et, d’aussi loin que je me souvienne, je crée des vêtements et des bijoux. J’en ai fait mon métier, presque par nécessité intérieure : rien ne me satisfait autant qu’une idée qui prend forme, qu’un croquis qui devient matière. Au fil des ans, j’ai construit un écosystème choisi : des amis précieux, des collaborateurs fiables, un petit cercle qui rend possible la vie d’atelier et la conduite de mon entreprise.
• Quel geste, conseil ou phrase d’une autre femme vous accompagne encore aujourd’hui dans les moments difficiles ?
L’unique conseil de ma maman, une dame de 89 ans, sur mon travail c’est : « Ne flanche jamais ! ».
• Dans votre domaine quelles sont les barrières invisibles que vous rencontrez encore en tant que femme ?
En tant que femme, j’ai souvent été enfermée dans un rôle attribué, parfois frontalement, parfois de façon plus sournoise. Je commence toujours par le sourire et la politesse, mais il arrive que cela ne suffit pas : alors, oui, il faut hausser la voix, sortir de ses gonds pour se faire respecter.
Les barrières invisibles que je rencontre en tant que temme sont celle d’une femme hétérosexuelle mère de famille d’âge moyen, normale et contente de l’être.
Quand la jeunesse s’éclipse j’ai l’impression que beaucoup pensent, dans le milieu de la création, qu’il faut compenser par de la folie ou du control freak (un control démesuré sur les choses et parfois les êtres) pour se caler sur des clichés « modeux ». Ce n’est pas mon genre et cela peut vous faire passer pour quelqu’un qui a moins de personnalité qu’un autre.
• Comment conciliez-vous votre vie personnelle avec vos ambitions professionnelles ou créatives ?
Je concilie ma vie perso et mon travail comme je peux. J’ai la chance d’avoir un chéri qui a une passion à lui qui m’accompagne, à sa manière. Cela m’aide beaucoup.
J’essaie de faire au mieux, tous les jours. Quand j’entends mes enfants chantonner sous la douche, quand je vois les clientes partir avec leurs vêtements sur le dos, que les comptes de mon entreprise se bouclent en fin de mois, que ça roule, cela suffit à mon bonheur. Mes plus grandes frustrations à ce jour sont créatives ; le temps file et et il y a tant d’idées que je voudrais réaliser tant de collections à sortir.
• Qu’aimeriez-vous que l’on cesse de demander aux femmes… et que l’on demande enfin aux hommes à la place ?
J’aimerais qu’on arrête de demander aux femmes de faire la taille mannequin ou du 36. Angelina Joli ou Demi Moore pour icônes, non merci !
J’aimerais qu’on demande aux hommes de prendre soin d’eux, dans la plupart des cas, ça pique les yeux.
Beaucoup d’hommes sont très exigeants à l’égard des femmes : silhouette, cheveux, entretient du corps. Bref ils leur demande de prendre soin d’elles quand eux ils ne font aucun voire peu d’efforts.
• Si vous pouviez changer une seule chose, concrète et immédiate, pour améliorer la vie des femmes dans votre quartier et ville, ce serait quoi ?
J’aimerais que les femmes n’aient plus peur de rentrer tard le soir seules.
• Quelle jeune femme ou jeune fille de votre entourage ou pas vous donne de l’espoir pour l’avenir, et pourquoi ?
Les jeunes filles que j’ai côtoyées qui ont été mes stagiaires sont devenues des jeunes femmes ultra indépendantes, beaucoup plus que ma génération. Aucune ne parle de trouver « un mari » et je trouve que c’est une grande avancée.
Texte : Katia Barillot
08.03.26
