Sophie Bresc-Litzler, cofondatrice de Scudéry Éditions

Géographe agrégée, docteure en géographie de l’environnement et des énergies renouvelables et éditrice indépendante, cofondatrice avec Frédéric Bresc des Éditions Scudéry, Sophie a installé au cœur du Marais, sa maison d’édition. Formée aux Gobelins en arts graphiques, ex-professeure d’Histoire-Géographie (12 ans Éducation nationale), autrice de manuels Hatier (Classiques et Cie École), elle a quitté l’enseignement pour créer cette maison exigeante : albums jeunesse, poésie, adaptations classiques illustrés et imprimés en France.

• Pouvez-vous nous faire un portrait de la personne que vous êtes et du milieu professionnel dans lequel vous évoluez ?

Je suis éditrice, je travaille avec des librairies, des éditeurs et des éditrices. Je me qualifie d’entrepreneuse  : j’ai créé ma maison d’édition en quittant l’Éducation nationale il y a 8 ans, alors que mes enfants étaient tout petits. Ils ont maintenant 18 et 16 ans. Aujourd’hui, les femmes peuvent prendre des risques, ce n’est plus réservé aux hommes. Nous, les femmes, pouvons innover, et cela, je le vis au quotidien. C’est extrêmement intéressant de faire des paris sur ce que l’on propose.

 

• Avez-vous déjà senti que l’on vous enfermait dans un rôle « de femme » ? Comment réagir ou contourner cela ?

Merci pour cette question qui m’a permis de réfléchir sur quelque chose dont je n’avais pas totalement conscience. Quand on diffuse un livre, on défend un catalogue et, en librairie, le but est souvent de vous décourager, car il y a beaucoup de livres sur le marché. Les gens pensent que c’est d’autant plus facile de vous décourager que vous êtes une femme… J’ai développé plus de persévérance. Il y a des libraires qui m’ont dit que j’étais tenace « pour une femme ». Cette ténacité est une valeur qui m’a permis de contourner les rôles dans lesquels on veut maintenir les femmes.

 

• Quel geste, conseil ou phrase d’une autre femme vous accompagne encore aujourd’hui dans les moments difficiles ?

C’est à Madeleine de Scudéry à laquelle je pense d’abord parce que ma maison d’édition porte le nom de cette femme de lettres française réputée pour ses romans  à succès et ses conversations érudites.

Ensuite elle a refusé le mariage – pour son époque, c’est inimaginable. Elle est l’auteure d’un nombre incroyable d’ouvrages à une époque où c’était le fait seul des hommes. Enfin cette écrivaine du Grand Siècle véritable icône des femmes libres tenait des salons littéraires, dans le Marais, où est ma maison d’édition. Le Marais, c’est le quartier des femmes audacieuses.

J’aime aussi à me rappeler de cette phrase de Marguerite Yourcenar également. « Quoiqu’il arrive, j’apprends et je gagne à tout coup ».

C’est mon motto, il me guide tous les jours, me permet d’être tenace. Créer une entreprise, c’est passer beaucoup d’obstacles, je me suis relevée souvent, car ce n’est pas toujours simple.

 

• Dans votre domaine, quelles sont les barrières invisibles que vous rencontrez encore en tant que femme ?

Dans le milieu de l’édition, la règle c’est un auteur célèbre et un éditeur célèbre qui l’accompagne. Il faut maintenant dépasser cela : il faut que la société se représente une autrice et son éditrice. Sabine Wespieser a ouverte cette voie en façonnant un catalogue remarquable avec beaucoup d’autrices, toutes aussi remarquables.

• Comment conciliez-vous votre vie personnelle avec vos ambitions professionnelles ou créatives ?

Je les concilie très bien parce que je travaille avec mon mari, cofondateur de la maison d’édition, à domicile – ce qui est plus simple. Dans notre famille nous partageons tous la passion du livre, tout cela est assez fluide. Mes enfants, qui ont 18 et 16 ans, comprennent les enjeux de notre maison d’édition et ce que nous développons. Seul problème : les journées n’ont que 24 h ! (rires)

 

• Qu’aimeriez-vous que l’on cesse de demander aux femmes… et que l’on demande enfin aux hommes à la place ?

Je pense qu’il faut que les pères lisent davantage d’histoires aux enfants car en laissant les femmes seules faire la lecture du soir ils entretiennent un stéréotype : la lecture, c’est féminin et le sport est masculin. La lecture ne relève pas seulement des femmes. Ce stéréotype se répète, d’ailleurs dans l’édition on dit que les lecteurs sont des lectrices. Éditeurs et auteurs savent que les femmes lisent plus de romans que les hommes – qui eux décrochent de la lecture vers l’adolescence -.

 

• Si vous pouviez changer une seule chose, concrète et immédiate, pour améliorer la vie des femmes dans votre quartier et ville, ce serait quoi ?

Le Marais, c’est un lieu sûr, une safe place, pour les femmes et les minorités. Si on y vient, c’est parce qu’on peut boire, manger, s’habiller comme on veut. C’est un espace de tolérance et de liberté. Ce serait bien de prolonger cet esprit dans tous les quartiers de Paris. Il faudrait des grandes fêtes inclusives et culturelles dans toute la ville pour donner l’occasion à chacun d’être ce qu’il veut être. Ce n’est pas par hasard que le monde entier vient ici.

 

• Quelle jeune femme ou jeune fille de votre entourage vous donne de l’espoir pour l’avenir, et pourquoi ?

Ma fille et ses amies : je vois que toute sa génération va à l’encontre des critiques qu’on lui appose à la GenZ, la génération Z. Pour moi, cette génération est créative et résiliente. Chez les 25-30 ans que je rencontre en librairie je vois des femmes qui se battent contre la précarité, qui inventent, partagent leurs passions. Ce n’est pas facile. Je les vois beaucoup ces profils dans les associations êtres bénévoles et porteuses d’idées.

Texte : Katia Barillot

08.03.26

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