Betty Brunaud est la directrice générale de l’Hôtel Dupond‑Smith, maison 5 étoiles ultra-confidentielle de huit chambres au cœur du Marais, où elle orchestre un luxe discret centré sur la « gestion de l’enchantement ». Passée par la direction de l’Hôtel Le Montana, elle a choisi ce format intime sans restaurant ni spa pour mieux travailler le détail : qualité d’accueil, suivi personnalisé, obsession du service et de la satisfaction clients.
Son credo : faire de Dupond‑Smith un refuge pour voyageurs exigeants et un lieu de mise en lumière de talents cachés. Elle développe des partenariats artistiques en offrant un espace d’exposition à côté de l’hôtel, où photographes, peintres et viennent montrer leur travail, intégrant ainsi la création contemporaine à l’expérience des hôtes. Formée à la sonothérapie, elle invite ses patients à ralentir, à se reconnecter à eux-mêmes à travers des vibrations apaisantes qui libèrent les tensions et empêchent l’introspection.
• Pouvez-vous nous faire un portrait de la personne que vous êtes et du milieu professionnel dans lequel vous évoluez ?
Je suis hôtelière depuis une dizaine d’années dans l’univers du luxe à Paris, où j’ai appris que le vrai sens de l’hospitalité est de créer des expériences profondément humaines, authentique, spontanée.
Aujourd’hui, en parallèle, je développe une activité autour de la sonothérapie et du bien être qui permet aux personnes de ralentir et de se reconnecter à elles-mêmes.
Mon parcours est guidé par une conviction simple : le luxe le plus précieux aujourd’hui est le temps, l’attention et la qualité de présence que l’on offre aux autres. Création de souvenirs inoubliables qui touche les coeurs et qui marquent.
• Avez-vous déjà senti que l’on vous enfermait dans un rôle « de femme » ? Comment-vous réagir ou contourné cela ?
Oui, je l’ai souvent ressenti, notamment lorsque je dirige des services techniques. Il m’est déjà arrivé d’entendre des remarques du type : “ça, il vaut mieux le laisser aux hommes”. Pourtant, après plus de dix ans dans l’hôtellerie dont sept en gestion, je sais aujourd’hui faire une grande partie des choses moi-même . On m’appelle même “Boba la bricoleuse” à l’hôtel. Avec l’expérience, j’ai appris à poser un cadre clair et ces réflexions ont heureusement tendance à disparaître.
• Quel geste, conseil ou phrase d’une autre femme vous accompagne encore aujourd’hui dans les moments difficiles ?
Je n’ai pas vraiment eu de mentor féminin sur ce sujet, je me suis beaucoup construite seule sur le terrain, souvent dans des environnements très masculins. Une phrase m’accompagne souvent : “quand il y a un doute, il n’y a pas de doute.”Avec l’expérience, j’ai appris à poser un cadre clair dans le management, notamment en vouvoyant mes équipes.. Cette distance professionnelle permet de préserver le respect et d’éviter certains débordements que j’ai pu connaître au début de ma premiere direction a 24 ans.
• Dans votre domaine quelles sont les barrières invisibles que vous rencontrez encore en tant que femme ?
Dans l’hôtellerie, cela se voit surtout dans les métiers techniques ou très opérationnels, encore perçus comme masculins. Il arrive aussi que certains prestataires tentent de déplacer la relation vers la séduction ou une proximité hors cadre professionnel. Être une femme entrepreneure peut parfois susciter des résistances ou une forme de rivalité implicite. Avec l’expérience, j’ai appris à poser des limites très claires pour rester à ma juste place.
• Comment conciliez-vous votre vie personnelle avec vos ambitions professionnelles ou créatives ?
Pendant longtemps, mon travail a pris presque toute la place dans ma vie. Un hôtel vit 24 heures sur 24 et j’ai eu du mal à poser des limites, tant j’étais investie dans mon métier. Aujourd’hui, avec ma deuxième activité autour de la sonothérapie et bientôt de la numérologie, j’apprends à ralentir et à créer un vrai espace pour ma vie personnelle.
À l’approche de mes 31 ans, je ressens justement l’envie de rééquilibrer davantage le “faire” et l’“être” et m’autoriser à me libérer de l’espace personnel pour accueillir et être en dehors du travail.
• Qu’aimeriez-vous que l’on cesse de demander aux femmes… et que l’on demande enfin aux hommes à la place ?
J’aimerais que l’on cesse de demander aux femmes comment elles vont réussir à tout concilier : carrière, vie personnelle, équilibre. Cette question devrait aussi être posée aux hommes. La responsabilité de l’équilibre ne devrait pas reposer uniquement sur les femmes. Une société plus juste commence quand ces questions deviennent collectives.
• Si vous pouviez changer une seule chose, concrète et immédiate, pour améliorer la vie des femmes dans votre quartier et ville, ce serait quoi ?
Je développerais davantage d’espaces bienveillants pour les femmes dans la ville : des lieux où elles peuvent se rencontrer, entreprendre et se soutenir. La solidarité entre femmes est une vraie force. J’ai moi-même participé à des cercles de femmes et j’ai vu à quel point cela peut être puissant. Cela donne de la confiance, du soutien et beaucoup d’élan.
• Quelle jeune femme ou jeune fille de votre entourage ou pas vous donne de l’espoir pour l’avenir, et pourquoi ?
Je suis très inspirée par les jeunes femmes qui osent aujourd’hui créer des parcours hybrides, mêlant entrepreneuriat, créativité et quête de sens.Montrer sa vulnérabilité n’est plus à cacher, mais au contraire assumé et justement mis en lumière.
Elles n’hésitent plus à écouter leur intuition et à sortir des modèles traditionnels. Je trouve cela très encourageant pour l’avenir. Cela montre que de nouvelles formes de réussite sont en train d’émerger. Ou avant le faire il y ‘a l’être et pas l’inverse.
Texte : Katia Barillot
08.03.26
