Ancienne « plume » de Manuel Valls, Benjamin Djiane, 43 ans, mène la liste « Parisiennes, Parisiens » de Gaspard Gantzer dans Paris Centre. Précédemment, il fut maire adjoint (PS) du 3e arrondissement, en charge de la sécurité et à la propreté. Peu connu du grand public, il s’est fait connaître récemment par voie d’affiches : on l’y voit assis à même le sol, les jambes croisées, dans des rues de Paris Centre. Nous l’avons rencontré autour d’un café, dans un bistrot de la rue des Archives au nom symbolique : « Au Cœur du Marais ».

Les réussites de l’équipe sortante ?
Le maire sortant du 3e Pierre Aidenbaum a été visionnaire dans bien des domaines. Il a fait beaucoup pour la transformation du quartier : marché des Enfants rouges, Carreau du Temple, etc. Beaucoup de choses aussi ont avancé dans le domaine du logement social même si, pour ma part, j’aurais moins recouru aux préemptions et davantage aux constructions car c’est moins onéreux.

Et les ratés ?
Etant cycliste, je constate tous les jours les conflits d’usage entre piétons, voitures, scooters, vélos. Les pistes cyclables sont parfois mal pensées, notamment les intersections. A Arts et Métiers, la voie cycliste au croisement des rues Réaumur et Beaubourg coupe le flux des piétons qui sortent du métro et essaient de traverser la chaussée.

Autre problème : les nids-de-poule sur la chaussée. Il y en a partout. Le Vélib ? Nous disposions d’un magnifique service municipal à tarifs abordables que le monde entier nous enviait. C’était moins cher que les trottinettes et le « free floating » en général (vélos, scooter ou trottinettes en libre-service sans station ni bornes). Mais les choses ont été mal gérées.

De plus, la municipalité sortante a été beaucoup trop laxiste sur le sujet des trottinettes. Comment se fait-il que les agents municipaux de surveillance ne puissent pas interdire leur circulation sur les trottoirs ?

Autre sujet, la sécurité : la maire de Paris n’a pas pris les bonnes décisions. Après les attentats de 2015 on a compris que la police nationale ne pouvait pas tout faire, il aurait fallu prendre le virage de la création d’une police municipale. Anne Hidalgo était contre, maintenant elle est pour. On a perdu cinq ans pendant lesquels les incivilités ont explosé. Les Halles sont devenues un point chaud, avec des problèmes de délinquance. Quand on s’y balade le soir, on ressent une tension. Quant aux cambriolages, ils baissent au niveau national mais augmentent de 9% à Paris et de 40% dans le Paris Centre !

Rien ne trouve grâce à vos yeux…
Ma liste de reproches est longue mais cela correspond à la réalité. La propreté par exemple ! C’est un autre grand échec. On ne peut plus nettoyer la ville comme on le faisait il y a vingt ans. Il faut moderniser le système car l’espace public est beaucoup plus sollicité qu’avant, avec une pression démographique des Parisiens et des touristes qui entraîne davantage de déchets. Nettoyer la ville uniquement de cinq heures à midi avec des balais, c’est comme nettoyer votre appartement à la brosse à dents. Il faut des machines balayeuses, souffleuses, laveuses, qui interviennent 24h sur 24.

Ce n’est pas tout : les effectifs de la ville de Paris ont explosé. Avec 50.000 agents municipaux, la masse salariale à Paris est trop importante. Il y a 250 personnes au secrétariat général, autant au service de la communication. C’est trop ! Il faut baisser de 10% la masse salariale de la ville. Et la dette : nous sommes arrivés à un taux d’endettement critique avec 97% de dettes. Ce qui se traduit par des intérêts à payer. Paris est dans une logique mortifère car une trop grande partie des rentrées d’argent sert à payer la dette.

Anne Hidalgo est la cible de critiques personnelles. N’y a-t-il pas là quelque chose d’irrationnel et d’injuste ?
Anne Hidalgo change beaucoup d’avis. En 2014 elle était contre la piétonnisation du centre, aujourd’hui elle est pour. Même chose pour la police municipale, les Jeux Olympiques, l’ouverture des commerces le dimanche. La politique, c’est aussi une question de cohérence. Changer d’avis en fonction de petits calculs électoralistes n’est pas digne.

Votre avis sur le projet de piétonnisation de Paris Centre ?
Je suis totalement contre. C’est une fausse bonne idée. Toutes les études montrent que piétonniser l’hypercentre créera un déplacement de circulation dans la périphérie immédiate, dans les 9e, 10e et 11e. Déplacer la pollution de quelques rues n’a aucun intérêt. De plus, toutes les études montrent que la piétonnisation a tendance à nuire au petit commerce. Seules les grandes enseignes y gagnent. Paris Centre ne doit pas devenir l’avenue Montaigne. On voit déjà ce qui se passe au bas de la rue des Archives. La piétonnisation est une idée d’hier. Avec un tel projet, on en reprend pour six ans de travaux partout.

D’autres propositions ?
Il faut s’intéresser à la végétalisation de manière beaucoup plus importante qu’aujourd’hui. En l’espace d’une mandature, seulement 0,4% de l’espace public a été gagné sur le bitume. Ce n’est rien. C’est du flan.

Pour les six ans à venir, je propose de végétaliser dix hectares. Avec des projets ambitieux et des projets plus petits : il faut reconquérir le parvis de Beaubourg et ses abords qui sont actuellement un océan de cailloux.

L’on peut réintroduire énormément de vert dans cet espace. Des arbres et pas forcément du gazon car du point de vue du bilan carbone, le gazon consomme beaucoup d’eau. Il faut envisager de travailler en hauteur, avec des paysagistes, pour créer des forêts suspendues avec des essences d’arbres qui ont des bilans CO2 très positifs, peu consommateurs d’eau mais qui absorbent beaucoup de pollution.

La place de la Bourse, aussi, pourrait être végétalisée, tout comme les abords du Carreau du Temple. Enfin, je voudrais relier les quatre arrondissements de Paris Centre par une « coulée verte ». Elle partirait de la place de la Bourse pour atteindre la place des Vosges et s’appellerait la Marelle, en référence au Marais et aux numéros des arrondissements : un, deux, trois, quatre.

Mais je n’oublie pas les microprojets : par exemple les rues peu passantes du Vertbois (3e), Vaucansson (3e), Croix-des-Petits-Champs (1er) pourraient accueillir davantage de végétation. Idem au croisement de la rue de Saintonge et de la rue de Normandie où se trouve une placette très minérale.

Et pour la culture ?
Je propose la construction d’un deuxième conservatoire. Je suis toujours choqué par le fait que, faute de place, des gamins soient sélectionnés par tirage au sort pour y accéder. C’est terrible. Autre proposition : je suis favorable à l’ouverture des bibliothèques le dimanche. Il est anormal que toutes soient fermées le jour où, précisément, on a le plus de temps à consacrer à la lecture. L’accès du plus grand nombre à la littérature et en général à la culture, est une question de justice sociale.

Texte : Katia Barillot
Photos : ©Anaïs Costet

03.02.20

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